Friday, February 27, 2004

Dans un cahier spécial intitulé Relancer Montréal , sous le titre "Il est temps pour la métropole de contre-attaquer", le journal Les Affaires du 26 février, sous la plume de André Dubuc et René Vézina, propose cinq scénarios. Voici ce qu'en dit, la version électronique du journal (pour les détails et les pistes de solution, il vous faut la version papier!):

Avec la succession de rapports plus sévères les uns que les autres sur l'état de la ville, il y a de quoi à être découragé. LES AFFAIRES ont plutôt décidé de suggérer une stratégie de contre-attaque.

Montréal a un passé glorieux. Aujourd'hui, la ville fondée par le Sieur De Maisonneuve il y a 362 ans donne pourtant l'impression d'être une vieille ville pauvre.

Pourtant, on s'est pris à rêver de la renaissance de la ville à compter de 2000. Le chômage baissait de façon spectaculaire, les bureaux et les locaux industriels se remplissaient à bon rythme et le taux d'emploi grimpait. Les médias de l'extérieur du Québec s'étaient remis à parler de Montréal en termes élogieux.

En 2004, le réveil est brutal. Les rapports sur l'état réel de santé de la métropole québécoise se succèdent, et ils sont cinglants.

Selon une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques, Montréal se classe à la 44e place, en fonction du produit intérieur brut (PIB) par habitant, sur 65 régions métropolitaines du territoire de l'OCDE. Elle se situe au 49e rang pour ce qui est de la productivité moyenne de sa main-d'oeuvre et au 46e rang en ce qui a trait au taux d'emploi.

À l'échelle nord-américaine, Montréal occupe le dernier rang des 26 agglomérations de plus de 2 millions d'habitants, selon des données compilées par la Communauté métropolitaine de Montréal.

En 2003, Montréal enregistre le taux de chômage le plus élevé parmi 12 grandes villes canadiennes. Elle est aussi la capitale nationale de la pauvreté. Pis, Montréal compte proportionnellement plus de bénéficiaires de l'aide de l'État qu'aucune autre ville majeure au pays, selon un rapport de l'Association d'études canadiennes, réalisé par Jack Jedwab.

Montréal souffre aussi de la sous-scolarisation de sa population par rapport à des villes concurrentes, soulignent les auteurs d'un rapport du Comité conseil Montréal, ville de savoir. Montréal compte en termes relatifs moins de diplômés universitaires. Même chez les jeunes de 25 à 34 ans, Montréal se situe sous la moyenne.

Moins chère, mais moins populaire

Les bonnes nouvelles ne parviennent pas à chasser les idées noires. Une étude internationale de KPMG sur les coûts des entreprises démontre que Montréal reste encore la ville la moins chère pour brasser des affaires parmi 28 villes à l'étude.

"Les gens se sont pété les bretelles avec cette nouvelle, dit David McAusland, ex-président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mais la situation a son revers : quand ce n'est pas cher, ce n'est pas populaire. Nos coûts sont moins élevés, car Montréal est moins en demande que d'autres villes avec lesquelles elle est en concurrence."

En fait, toutes ces études démontrent que la restructuration de l'économie montréalaise n'est pas encore terminée. Selon un rapport daté de 2001, les industries demandant beaucoup de main-d'oeuvre représentaient 31 % des emplois manufacturiers de Montréal, alors que la proportion n'était que de 20 % à Toronto. Ces industries, dont font partie le textile et le vêtement, sont directement menacés par la concurrence internationale.

"Montréal a été une ville de commerce, puis de production, résume Marcel Côté, associé-fondateur de Secor. Dans les années 60, elle a perdu son titre de ville de commerce parce qu'elle n'avait plus les réseaux. Puis, la ville de production s'est écrasée avec la montée de la Chine et de l'Asie. Il reste seulement des activités dans l'advanced manufacturing avec les Bombardier et CAE. Maintenant, Montréal est une ville de création. Mais pour miser sur cet avantage, il faudra que la ville s'ouvre aux autres."

Une ville où les créateurs se font valoir

À cet égard, Montréal a des atouts. Selon le professeur Richard Florida, auteur de l'ouvrage The Rise of the Creative Class, la croissance d'une ville est tributaire de sa capacité à attirer des créateurs. Par créateurs, M. Florida entend les artistes, musiciens, ingénieurs, scientifiques, financiers et avocats.

Montréal compte 100 000 emplois dans la culture et les communications, 100 000 dans les technologies de l'information (TI), 50 000 dans les services liés aux TI, 35 000 dans l'aérospatiale et 30 000 dans les sciences de la vie.

Ces secteurs doivent en bonne partie leur essor à la présence des quatre universités (McGill, Concordia, Montréal, UQAM) et des quatre grandes écoles (HEC Montréal, Polytechnique, École de technologie supérieure, INRS). La contribution totale de ces établissements au produit intérieur brut du Québec s'élève à 4,2 milliards de dollars (G$) par année, selon une autre récente étude de Montréal International sur l'impact des établissements de savoir à Montréal.

Invité au printemps de 2002 par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le professeur Florida - pour qui la technologie, le talent, la tolérance sont les trois variables menant au succès - a dit de Montréal qu'elle s'en tirait très bien au chapitre du talent et de la tolérance, beaucoup moins dans la technologie.

Repartir à l'offensive

Ces derniers temps, le seul championnat auquel peut prétendre Montréal touche le nombre de nids-de-poule qui parsèment les rues. La Ville doit gratter les fonds de tiroir pour les réparer, et l'heure n'est pas à la prospérité. Avec cette succession de rapports plus sévères les uns que les autres sur l'état de la ville, il y a de quoi à être découragé.

LES AFFAIRES ont plutôt décidé de suggérer une stratégie de contre-attaque. Forte de tous les atouts qu'elle possède, Montréal peut choisir de se relancer. Certes, le niveau d'endettement est élevé et les finances publiques sont dans un état précaire, mais rien n'empêche de canaliser les énergies.

Avec l'aide d'acteurs de premier plan, nous avons retenu cinq scénarios, cinq grands plans d'action. Il en existe d'autres, mais ceux-ci ont le mérite d'être à portée de main. Pour chacun, nous avons identifié les forces et faiblesses de la ville de même qu'une série d'actions à entreprendre. Il s'agit de mobiliser la machine et les gens pour "remettre Montréal sur la carte".

En plus, nous avons demandé à 11 de ces personnalités ce qu'elles feraient si on leur donnait la possibilité d'intervenir directement. Leurs commentaires sont dispersés tout au long de ce reportage. Vous pourrez également lire les propos de Claude Pichette, qui a signé le rapport du même nom en 1992 et dont les conclusions sont toujours d'actualité. Il ne nous a cependant pas été possible de recueillir la vision du maire de Montréal, Gérald Tremblay. Les appels répétés à son bureau sont demeurés sans réponse.

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